circulez rien à voir blog de la section socialiste des 3 pointes

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maintenant la gauche transition énergétique

Maintenant la Gauche – Université de rentrée 2013
Atelier « Transition énergétique : passer des discours aux actes »
Introduction au débat
par Marigrine Auffray-Milésy
Avocate, Conseillère d’arrondissement déléguée à l’Economie sociale et
solidaire (Paris 13ème)
Crise écologique, crise du système, crise sociale
Le 20 août 2013, l’AFP annonçait dans une dépêche que la date
symbolique à laquelle les Terriens ont consommé l’intégralité
des ressources que la Terre est capable de produire et
absorber en un an sans compromettre leur renouvellement a été
franchie. Trois jours plus tôt qu’il y a un an. Trois mois
plus tôt qu’il y a trente ans.
Autrement dit, l’humanité épuise désormais en huit mois la
capacité annuelle de notre planète à reproduire les ressources
naturelles que nous consommons et à absorber le CO2 que nous
émettons.
En 1993, le « jour du dépassement » (Overshoot Day) était le
21 Octobre. En 2003, cette date était le 22 Septembre. La
tendance est claire : le jour du dépassement arrive chaque
année un peu plus tôt.
A partir de ce « jour du dépassement » et jusqu’au 31
décembre, les habitants de la planète vont donc devoir puiser
dans le stock d’alimentation, de matières premières,
d’absorption des déchets et du CO2, contribuant ainsi encore
plus à l’épuisement des ressources.
Si la Terre a été pendant très longtemps à même de répondre
aux besoins des hommes sans s’épuiser, le « seuil critique » a
été franchi dans les années 1970 avec la hausse de la
population et de la consommation.
Depuis la révolution industrielle, au 18ème siècle, la
population mondiale a été multipliée par 10 :
- 700 millions d’habitants environ en 1750
- 1 milliard en 1800
- 2,5 milliards en 1950
- 4 milliards en 1975
- 6 milliards en 2000
- 7 milliards en 2012

la projection étant de 8 milliards en 2027 et 9 milliards en
2054.
Si chaque habitant de la planète vivait comme un résident
moyen des Etats-Unis, ce seraient quatre Terres qui seraient
nécessaires……Si chacun adoptait le niveau de vie d’un chinois,
ce serait moins, mais notre seule planète n’y suffirait déjà
plus (1,2 Terre).
Le fait que l’on consomme les ressources naturelles plus
rapidement que la Terre n’est capable de les renouveler est
équivalent à avoir des dépenses qui sont en permanence plus
élevées que le revenu. Les conséquences de cet endettement
écologique sont de plus en plus dramatiques :
- Surexploitation du stock alimentaire
- Accumulation dans l’atmosphère du gaz carbonique
responsable du réchauffement climatique
- Pollution
- Epuisement des matières premières.
C’est ainsi que l’on estime que si la consommation continue au
même rythme, d’ici environ un siècle, l’ensemble des
principales matières premières seront épuisées :
* 2030 fin du plomb
* 2050 fin du pétrole
* 2040-2064 fin de l’uranium, du zinc, du nickel
* 2072 fin du gaz naturel, du fer
* 2139 fin de l’aluminium
* 2170 fin du charbon.
Cette crise écologique que nous traversons est la conséquence
d’un modèle de développement à bout de souffle qui, d’une
part, ne permet pas de répondre aux attentes des individus, et
qui, d’autre part, impose à la Terre de résister au-delà de
ses limites.
Nous devons donc modifier notre mode de consommation des
ressources et nous engager résolument dans une transition
écologique, afin de préserver la planète, capital commun de
l’humanité.
La transition écologique n’est pas une option, mais un devoir.

Ce n’est pas une contrainte, mais une chance : celle de

refonder notre modèle de développement en l’ancrant dans des
valeurs d’égalité et de justice sociale

Nous allons tout d’abord évoquer le réchauffement climatique
(ses indicateurs, ses causes, ses conséquences), puis le
caractère destructif du modèle économique actuel ; enfin nous
parlerons des modalités à mettre en oeuvre pour que la
transition énergétique soit sociale, écologique et citoyenne.
Le réchauffement climatique
Les indicateurs du réchauffement climatique
Dès lors que l’on évoque la notion de réchauffement
climatique, on se place à l’échelle planétaire.
Les indicateurs de ce réchauffement sont les suivants :
- Elévation globale des températures d’environ 0,8 degré
entre 1901 et 2010, dont 0,5 degré sur la seule période
1979-2010
- Elévation du niveau des océans d’environ 19 cm entre 1901
et 2010, phénomène qui s’est accéléré depuis 1993
puisqu’il est désormais de 3,2 mm par an
- Modification des écosystèmes : acidification des océans,
blanchiment des coraux, érosion de la biodiversité,
précocité de la floraison des arbres fruitiers, des
vendanges etc...
- Accélération et amplification des phénomènes climatiques
extrêmes :
• Canicules : en 2003 l’Europe a vécu son été le
plus chaud depuis 500 ans, vague de chaleur dans
le bush australien en 2009, canicule en Russie en
2010
• Pluies intenses : inondations au Pakistan et en
Australie en 2010
• Ouragans : 2004 a vu le plus grand nombre de
cyclones jamais comptés dans une année, le nombre
d’ouragans de catégorie 4 ou 5 a augmenté de 57%
entre 1970 et 2004.
Le climat de la Terre a connu au fil des millénaires une
succession de périodes froides et de périodes plus chaudes,
mais, à la différence des périodes précédentes, le
réchauffement climatique actuel est, à l’échelle globale,
rapide et brutal.

Il se traduit par des dérèglements locaux qui dépassent la
variabilité naturelle du système climatique et ont un impact
global : l’augmentation de la température moyenne du globe
depuis 1900 affecte les écosystèmes et les sociétés humaines
et pose la question de leurs capacités d’adaptation à ce
changement rapide et brutal du climat.
Les causes du réchauffement climatique
La Terre reçoit toute son énergie du Soleil. A l’image d’une
serre, cette énergie est en partie retenue à l’intérieur de
l’atmosphère par certains gaz, dits « à effet de serre », qui
empêchent qu’elle n’aille se dissiper dans l’espace. Grâce à
ces gaz, les basses couches de l’atmosphère se réchauffent et
atteignent les températures propices à la vie.
L’effet de serre est donc un phénomène naturel, sans lequel il
n’y aurait pas de vie sur la planète car il ferait environ
- 18 degrés à la surface de la Terre au lieu d’environ 15
degrés.
Les gaz à effet de serre présents dans l’atmosphère sont, par
ordre d’importance :
- la vapeur d’eau (H2O)
- le dioxyde de carbone ou gaz carbonique (C02)
- le méthane (CH4)
- et d’autres gaz comme le protoxyde d’azote (N2O), l’ozone
et les gaz fluorés.
Tous ces gaz n’ont pas le même pouvoir de réchauffement et
n’ont pas la même durée de vie dans l’atmosphère. Ainsi, le
CO2 a une durée de vie de 100 ans… Hormis la vapeur d’eau, qui
est évacuée en quelques jours, les gaz à effet de serre
mettent de plusieurs décennies à plusieurs siècles avant de
disparaître totalement.
En 1988 a été créé le GIEC (Groupe d’experts
intergouvernemental sur l’évolution du climat). Placé sous
l’égide du Programme des Nations Unies pour l’Environnement et
de l’Organisation Météorologique Mondiale, il est chargé du
suivi scientifique des processus de réchauffement climatique.
Ce suivi consiste à collecter et analyser tous les travaux
scientifiques de la communauté internationale sur le sujet et
à en présenter un « Résumé à l’intention des décideurs ».
Le GIEC a publié un rapport tous les six ans depuis 1990. Le
5ème date de septembre 2013.

Selon le GIEC, le phénomène de changement climatique provient
de l’activité humaine qui a entrainé depuis la révolution
industrielle une forte augmentation des émissions de gaz à
effet de serre. Ces gaz dépassent en volume la capacité
d’absorption du système, aussi ils s’accumulent dans
l’atmosphère et augmentent l’effet de serre naturel : c’est ce
que l’on appelle l’effet de serre additionnel.
Une trentaine d’organisations scientifiques majeures, dont la
NASA et l’Organisation météorologique mondiale, dressent des
constats similaires.
A noter que le GIEC a reçu en 2007, avec Al Gore, le prix
Nobel de la paix « pour leurs efforts de collecte et de
diffusion des connaissances sur les changements climatiques
provoqués par l'homme ».
Si l’on veut combattre efficacement le réchauffement
climatique, il est important d’analyser le phénomène
d’émission anthropique (causé par l’activité humaine) de gaz à
effet de serre.
Depuis 1750, le développement économique a reposé sur l’usage
massif des sources d’énergie fossiles (charbon puis pétrole et
gaz naturel) qui fournissent l’énergie nécessaire au
développement de l’industrie et des transports, mais aussi de
l’agriculture (engrais, mécanisation). Or, la combustion de
ces sources d’énergie dégage massivement du dioxyde de
carbone.
La concentration en dioxyde de carbone était ainsi de l’ordre
de 280 parties par millions dans l’atmosphère au cours des
derniers millénaires. Elle est passée brutalement de 280 à 395
parties par millions entre 1800 et 2012, l’augmentation la
plus importante se produisant au cours des cinquante dernières
années.
Le rythme d’augmentation de la teneur en dioxyde de carbone
s’est accéléré depuis les années 2000, du fait du
développement industriel de pays émergents, comme la Chine et
l’Inde, et d’une forte augmentation de la combustion de
charbon.
Outre les transports et l’industrie, d’autres activités
humaines favorisent les rejets de gaz à effet de serre :
- Les activités forestières génèrent 17,4 % des émissions de
gaz à effet de serre à l’échelle de la planète. En
particulier, la déforestation (abattage d’arbres non
remplacés par de nouveaux semis) réduit la capacité de

l’écosystème à absorber le CO2 : au lieu d’être retenu
par le bois en croissance et par les sols des forêts,
ce gaz reste présent dans l’atmosphère et participe à
l’augmentation de l’effet de serre.
- L’utilisation d’engrais agricoles azotés augmente la
concentration en protoxyde d’azote dans l’atmosphère.
- L’élevage des ruminants (vaches, moutons, chèvres, yacks)
dégage du méthane éructé par les bêtes car les aliments
qu’ils ingèrent fermentent dans leur estomac.
- Les décharges d’ordures ménagères dégagent du méthane.
- L’industrie chimique produit aussi des gaz à effet de
serre absents à l’état naturel. C’est le cas des composés
utilisés dans les bombes aérosols, les systèmes de
réfrigération et de climatisation, et certains procédés
industriels.
Au total, les concentrations actuelles en gaz à effet de serre
dans l’atmosphère sont aujourd’hui nettement plus élevées
qu'elles ne l'ont jamais été lors des 800.000 dernières années
et jouent un rôle déterminant dans l’évolution climatique des
dernières décennies.
Au début du vingtième siècle, les émissions mondiales étaient
de 500 millions de tonnes d'équivalent carbone par an. Elles
ont dépassé le milliard de tonnes entre les deux guerres et
grimpent de façon vertigineuse depuis. Les deux milliards de
tonnes ont été atteintes en 1950 puis, au cours des années
1990, les émissions annuelles dues aux combustibles fossiles
ont atteint six milliards de tonnes. Entre 1990 et 2000 ces
émissions ont été en moyenne de 6,4 milliards de tonnes
d'équivalent carbone et elles ont atteint en valeur moyenne
7,2 milliards de tonnes entre 2000 et 2005.
L’inertie thermique des océans et les phénomènes naturels de
régulation permettent encore à la Terre de conserver des
conditions propices à la vie. C'est ainsi qu'elle absorbe par
le biais des océans de l'ordre de 2 milliards de tonnes
d'équivalent carbone et environ 1,7 milliard de tonnes
supplémentaires au moyen de la biosphère continentale.
Mais l’écart entre émission anthropique et absorption
naturelle est devenu trop important : actuellement, plus de
trois milliards et demi de tonnes d'équivalent carbone ne sont
plus absorbées et contribuent à augmenter fortement l'effet de
serre.

Le réchauffement climatique est un phénomène dont la
compréhension fait intervenir un grand nombre de paramètres
naturels et humains. C’est pourquoi son interprétation ne fait
pas toujours l’unanimité dans la communauté scientifique.
Ainsi, une minorité de scientifiques, appelés
« climatosceptiques », probablement encouragés en cela par les
lobbys pétroliers et gaziers, remettent en cause les résultats
des rapports d’expertise du GIEC.
Cependant, si le rôle respectif des activités humaines et des
phénomènes naturels tels que la circulation océanique fait
encore débat, aujourd’hui, la communauté scientifique
s’accorde à considérer que le réchauffement climatique est
avéré.
Le volume I du 5ème rapport du GIEC publié en septembre 2013
indique : « Le réchauffement du système climatique est sans
équivoque, et depuis les années 1950, beaucoup des changements
observés sont sans précédent sur les dernières décennies à
millénaires. L’atmosphère et l’océan se sont réchauffés,
l’étendue et le volume des neiges et glaces ont diminué et le
niveau des mers s’est élevé, et les concentrations des gaz à
effet de serre ont augmenté. » Il en tire la conclusion
suivante : « L’influence humaine sur le système climatique est
sans équivoque. Elle est évidente en ce qui concerne
l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre dans
l’atmosphère, le forçage radiatif positif, le réchauffement
observé, et la compréhension du système climatique. »
Les conséquences du réchauffement climatique
Non seulement la Terre se réchauffe, mais le réchauffement
s’accélère depuis dix ans, aussi les experts estiment que si
rien n’est fait pour ralentir le phénomène, la planète va
connaître des conditions catastrophiques dans les décennies à
venir : ce qui pose problème dans le changement climatique, en
effet, c’est l’inertie du système. La plupart des phénomènes
induits par l’augmentation des gaz à effet de serre
persisteront pendant des siècles, même si les émissions de CO2
étaient stoppées.
En pratique, il faut savoir que, compte tenu de la durée de
vie des gaz à effet de serre, une réduction des émissions
n’engendre pas une réduction immédiate de leur concentration
dans l’atmosphère. En conséquence, les décisions d’aujourd’hui
impacteront directement le climat des générations futures. Ce
sont les politiques et les mesures de réduction de gaz à effet
de serre prises aujourd’hui qui définiront la température

moyenne mondiale et les équilibres climatiques des siècles à
venir.
Les scientifiques ont d’ailleurs démontré que, pour avoir une
chance de limiter le réchauffement de la température moyenne
mondiale en deçà de 2 degrés (considérée comme la limite à ne
pas dépasser pour assurer un équilibre relatif de nos
écosystèmes), les émissions mondiales de gaz à effet de serre
devront atteindre leur pic au plus tard en 2017 et décroître
ensuite drastiquement, dans une fourchette comprise entre – 75
et – 95% d’ici 2050, par rapport à 1990, pour les seuls pays
industrialisés.
Selon les différents scénarii, si l’humanité ne s’engage pas
immédiatement dans une politique drastique de réduction des
gaz à effet de serre :
- La température moyenne à la surface du globe devrait
augmenter d’environ 4,8 degrés d’ici 2100 par rapport à
la période 1986-2005 (Pour info, une augmentation de 6
degrés correspond au même choc thermique que celui qui
sépare une période glaciaire d’une interglaciaire mais en
100 ans au lieu de 10.000 ans).
- Le niveau moyen des mers devrait augmenter de 17 à 38 cm
d’ici 2050 et de 26 cm à près d’un mètre d’ici 2100,
principalement sous l’effet de la dilatation thermique de
l’eau et de la fonte des glaciers; la calotte du
Groënland pourrait même disparaitre complètement, ce qui
se traduirait par une hausse du niveau moyen des mers de
7 m…
Le changement climatique et son ampleur à venir font peser sur
l’humanité de nombreuses menaces, sources de tensions et de
risques pour la Paix, parmi lesquelles :
- la réduction de la sécurité de l’approvisionnement en eau
- l’impact des catastrophes naturelles sur la production
agricole
- les risques sanitaires (parasites et maladies évolueront
au gré des températures et des modifications
environnementales)
- l’accélération de l’exode rural
- l’augmentation des migrations d’origine climatique et du
nombre des réfugiés (de nombreux territoires seront sous
les eaux du fait de la montée du niveau des océans)
- les conflits pour l’usage des ressources naturelles.
Prévenir à court terme coûte moins cher que remédier à long
terme : depuis 2006, l’économiste britannique Nicholas Stern

souligne que retarder l’action en rapport avec le changement
climatique coûterait plus cher que d’agir dès aujourd’hui. Sa
principale conclusion est que 2,3% du PIB mondial investi à
partir de 2006 auraient suffi à atténuer les effets les plus
catastrophiques du changement climatique, mais aussi que ne
rien faire, c’est risquer une récession pouvant aller jusqu’à
20% du PIB mondial.
C’est un modèle de développement destructif qu’il faut changer
Nous sommes donc à un moment de l’Histoire qui pose un défi
radicalement nouveau à l’espèce humaine : pour la première
fois, son prodigieux dynamisme se heurte aux limites de la
biosphère et met en danger son avenir.
C’est que nous avons mis en place un modèle de développement
qui a atteint ses limites et s’avère aujourd’hui
particulièrement destructif.
Le réchauffement climatique généré par l’emballement de la
machine de production capitaliste est une réalité qu’il faut
affronter avant qu’elle ne tourne à la catastrophe et ne
continue à générer des dégâts dont certains sont déjà
irréversibles.
Depuis la révolution industrielle jusqu’au trois quarts du
vingtième siècle, le progrès technique, notamment parce qu’il
diminuait la pénibilité du travail, était considéré comme
source d’amélioration à la fois des conditions économiques et
des conditions sociales. La croissance était devenue le moteur
de la redistribution des richesses produites.
Mais ce modèle, basé sur l’énergie bon marché, a trouvé ses
limites avec le réchauffement climatique et la perspective de
l’épuisement des énergies fossiles.
Lors de la révolution industrielle du 18ème siècle, le schéma
du développement a été le suivant :
- amélioration de la productivité agricole
- exode rural
- prolétariat exploité dans les villes
- hausse de la productivité manufacturière
- amélioration générale du niveau de vie et de
l’espérance de vie.
Ce schéma a fonctionné tout en étant marqué par de nombreuses
convulsions sociales, et les luttes populaires ont permis aux

classes laborieuses des pays occidentaux de bénéficier des
retombées du progrès.
Aujourd’hui, ce schéma ne peut plus fonctionner pour permettre
le développement des pays émergents pour les raisons
suivantes :
- Parce que l’Occident disposait de la biosphère pour
absorber ses pollutions et lui fournir ses matières
premières en quantité quasi illimitées.
Ce n’est plus le cas pour les grands pays du Sud dont
la situation écologique va limiter sévèrement
l’industrialisation : la pollution devient un frein de
plus en plus sensible à l’expansion économique, et
l’explosion démographique limite ipso facto la quantité
de matières premières disponibles par habitant.
- Parce que la productivité agricole ne progresse pas
suffisamment dans les pays pauvres en raison des
catastrophes naturelles générées par le réchauffement
climatique.
L’exode rural s’effectue bien, mais par appauvrissement
généralisé des paysans. Or la productivité industrielle
est déjà tellement élevée que les villes ne parviennent
pas à fournir suffisamment de travail aux ruraux qui y
affluent.
- Parce que l’Europe avait pu déverser vers l’Amérique
(du Nord et du Sud) et l’Australie l’excès de sa
misère.
Une telle possibilité d’immigration massive vers un
« Nouveau monde » n’existe pas aujourd’hui pour la
misère du Sud.
Force est de constater que l’ultralibéralisme du système
aggrave les inégalités, non seulement entre les pays riches et
les pays pauvres mais aussi à l’intérieur des pays développés
où le nombre de travailleurs pauvres ne cesse d’augmenter.
La cause essentielle des inégalités réside principalement dans
la recherche exacerbée du taux maximum de profit. On ne
produit plus pour satisfaire les besoins humains, mais pour
enrichir toujours plus les plus riches

Et comme il faut des consommateurs pour acheter toutes ces
marchandises produites, on pousse par tous les moyens
possibles les classes moyennes, comme les classes les plus
pauvres, à une consommation ostentatoire et au gaspillage
généralisé, aggravant par là-même le phénomène de
réchauffement climatique.
Dans le même temps, les pays en développement ou émergents
sont imprégnés par les images de prospérité des pays riches.
Le mécanisme culturel de la consommation est au coeur de la
machine économique actuelle. On se bat pour le « pouvoir
d’achat » et non pas pour le « pouvoir de vivre ».
Pour satisfaire la demande de consommation des pays
développés, le système a mondialisé la production et libéré
les échanges. La Chine et l’Inde sont devenues les ateliers et
potagers du monde. La course aux bas coûts ne délocalise pas
seulement les emplois, elle délocalise aussi la pollution.
Tant pis si cette production est polluante puisqu’elle pollue
loin !
Est-il acceptable que des pays entiers soient voués à la
production d’agro-carburants pour nos voitures, au détriment
de la production vivrière qui permettrait de nourrir leur
propre population ?
Est-il raisonnable qu’un jean bon marché parcoure en moyenne
70.000 kilomètres avant d’être vendu à Paris ou à Limoges ?
Doit-on accepter que la production d’une tomate marocaine
entraîne l’assèchement des nappes phréatiques locales et des
bouleversements irréversibles sur le milieu naturel ?
Et pourtant nos enfants ont perdu jusqu’à la notion de produit
de saison puisqu’ils mangent des fraises toute l’année; nous
nous ruons sur les étalages de tomates à un euro le kilo; nous
achetons des tee-shirts à deux euros, nous prenons l’avion
pour passer des vacances à Saint Domingue à 299 euros la
semaine et nous accumulons les gadgets inutiles et les
produits jetables sans toujours nous rendre compte que ces
achats à bas coût entraînent chez nous pertes d’emploi et
inégalités sociales aggravées.
Force est de constater que l’activité humaine actuelle dépasse
les seuils de soutenabilité.
60% des écosystèmes de la planète sont détériorés par :
- la déforestation
- la surexploitation des ressources marines

- la pollution de l’air et des nappes phréatiques
- la perte de la diversité biologique.
L’utilisation exacerbée des ressources de la Terre dépasse de
30 % sa capacité à se régénérer.
Chaque jour sont produits plus de déchets que ce qui peut être
traité.
La planète est en train de perdre sa capacité à s’autoréguler.
C’est donc notre modèle de développement qui est en cause.
Dès 1987, un rapport des Nations Unies avait donné du
développement durable la définition suivante : « un
développement qui répond aux besoins des générations du
présent sans compromettre la capacité des générations futures
à répondre aux leurs. »
Traduction : quel est le coût de l’avenir ?
Le grand économiste libéral Keynes disait : « A long terme,
nous serons tous morts ! ». C’est ne pas tenir compte de la
probabilité de survie de l’espèce humaine.
Aujourd’hui, nous prenons enfin conscience que les ressources
de la Terre ne sont pas infinies et que le modèle de
développement destructif que nous propose le capitalisme, basé
sur l’exploitation à outrance des matières premières, la
compétition économique barbare à n’importe quel prix social et
environnemental, le dumping entre les pays, l’égoïsme, le
gaspillage et la fuite en avant nous mène à la catastrophe.
Le changement climatique auquel nous assistons est sans doute
le problème le plus dévastateur du siècle présent.
Pour une transition énergétique sociale, écologique et citoyenne
Parallèlement à la crise climatique, le Monde connaît une
crise énergétique sans précédent : nous assistons à la fin de
l’alliance économique entre pétrole abondant et bon marché et
industrie automobile qui a fait la croissance et la prospérité
du modèle américain, puis occidental. Les fondamentaux de
notre croissance économique reposent sur des énergies
fossiles, par définition non renouvelables. Nous savons que,
dans un monde aux ressources finies, le pic pétrolier, pic de
production au-delà duquel son extraction ne pourra que

décroître et son coût augmenter de manière exponentielle, est
déjà atteint.
D’autre part, deux ans après la catastrophe de Fukushima, la
planète mesure l’irréversibilité des conséquences d’un
accident nucléaire. Le risque zéro n’existe pas, et une partie
du coût compétitif de l’électricité nucléaire repose sur le
non-provisionnement des montants nécessaires à la réparation
d’un dommage nucléaire.
La mutation de notre modèle énergétique est donc indispensable
et nous devons donc engager rapidement la transition
énergétique.
Une transition est un changement, une adaptation suivant un
processus inscrit dans la durée. La question de l’horizon que
l’on se fixe est donc cruciale.
En 2005, la France s’est engagée à diviser par quatre nos
émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Cet objectif a
été baptisé « Facteur 4 ».
Cet objectif a été fixé en tenant compte du fait que les pays
en développement ont une marge de manoeuvre réduite : leurs
émissions ne peuvent que s'accroître. Ceci signifie que les
pays riches doivent commencer par diviser par quatre à cinq
les émissions des pays industrialisés en moins de cinquante
ans, et par 9 ou 10 ensuite, s’ils veulent éviter à moyen
terme un réchauffement de 2 à 3 degrés.
Un Terrien moyen émet une tonne d'équivalent carbone par an.
Un Américain en émet environ 6,8 tonnes, un Européen de
l'ordre de 3,2 tonnes en moyenne, un Français 2,5 tonne et un
Indien seulement 300 kg.
Pour ne pas dépasser les possibilités de régulation
planétaire, il faudrait donc ramener la moyenne mondiale
d'émission annuelle à 500 kg par habitant, soit moins du
double de la consommation unitaire des habitants d'un pays en
émergence comme l'Inde.
Tenir cet objectif permettrait de limiter à une valeur proche
de 550 parties par million (ppm) la concentration de dioxyde
de carbone dans l'atmosphère, contre 380 ppm actuellement et
280 ppm avant l'ère industrielle, c'est-à-dire contenir le
réchauffement climatique à environ trois degrés. Les moyens
techniques existent, mais limiter l’élévation globale des
températures implique des mesures très volontaristes et
urgentes, à mettre en oeuvre dès les premières décennies du
21ème siècle.

Le « Facteur 4 » a été inscrit dans la loi et confirmé par le
Grenelle de l’Environnement.
François Hollande en a fait l’une des priorités de son
quinquennat.
Plusieurs objectifs ont été fixés afin d’engager cette
mutation, avec, en toile de fond, l’impératif de justice
sociale :
- s’appuyer sur toutes les sources d’économies d’énergie
possibles, en réduisant les consommations inutiles
(sobriété énergétique) et en améliorant l’efficacité
énergétique dans le bâtiment (faire autant avec moins
d’énergie)
- diversifier notre bouquet énergétique, c’est-à-dire la
part des différentes énergies primaires dans la
consommation finale
- réduire fortement le recours aux énergies fossiles
- investir dans le déploiement des énergies renouvelables
- maîtriser la réduction de la part du nucléaire dans la
production électrique afin de la ramener de 75 à 50% à
l’horizon 2025
- mettre en oeuvre une politique de transport durable afin
de réduire l’impact environnemental des déplacements
- lutter contre le gaspillage, passer du tout jetable au
tout utile, promouvoir une économie circulaire qui
permette de réduire l’incinération des déchets.
Réduire les émissions de gaz à effet de serre dès aujourd’hui,
compte tenu de l’état des techniques, exige une forte
réduction de la consommation d’énergie.
Economiser l’énergie signifie que la vie quotidienne des pays
développés doit se transformer. Cela appelle des solutions
innovantes et suppose une modification de l’affectation des
ressources.
Le choix est politique car il ne sera pas possible d’aller
vers une société de sobriété énergétique sans une politique de
redistribution et ce pour une raison simple : le transport et
le chauffage (les deux domaines principaux où réaliser des
économies) pèsent proportionnellement plus sur le budget des
ménages modestes que sur celui des plus aisés. Et le
gaspillage, même s’il est répandu dans toute la société, est
plus prononcé chez les plus riches.
Diminuer la consommation d’énergie, pour être acceptable
socialement, appelle donc des politiques modulant l’effort
financier à fournir selon les classes de revenu et développant

des moyens collectifs que le jeu du marché ne pourra seul
assurer.
Mieux vaut donc choisir le changement d’habitudes et créer les
conditions d’un changement égalitaire, plutôt que de le subir
dans un contexte de crise sociale sans précédent.
Cela suppose que l’on considère l’économie, non comme la
recherche d’une maximisation de la production à la poursuite
d’une demande inextinguible, mais comme celle d’une adéquation
de la demande aux ressources.
Soulignons, pour conclure, que la Transition énergétique,
parce qu’elle implique un redéploiement complet de notre
système, sera fortement créatrice d’emplois.
Au sommet de Copenhague en 2009, Hugo Chavez a rappelé dans
son discours que « Si le climat était une banque, on l’aurait
déjà sauvé ! »
Lors de ce même sommet, les ONG, écartées de la salle de
conférence, défilaient dans la rue avec des banderoles sur
lesquelles on pouvait lire « Ne changez pas le climat, changez
le système ! »
La France propose d’accueillir à Paris en 2015 la 21ème
conférence des Nations unies sur la lutte contre le changement
climatique.
Paris Climat 2015 aura pour objectif de maintenir le
réchauffement en dessous de 2 degrés en 2100 par rapport aux
températures du début du 20ème siècle. Pour y parvenir, la
France vise un accord contraignant qui engage tous les pays,
en fonction de leur niveau de développement. Il succèdera au
protocole de Kyoto et entrera en vigueur en 2020.
Cette conférence et sa préparation, comme l’important chantier
de la Transition énergétique, doivent être l’occasion d’une
prise de conscience citoyenne, dans laquelle les socialistes
devront fortement s’impliquer.
De ce point de vue, la notion d’écologie sociale doit être
mise en avant de manière appuyée

 



18/10/2013
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