circulez rien à voir blog de la section socialiste des 3 pointes

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Hollande à Roosevelt

mediapart ce matin dans sa conclusion nous promet un gauchissement sans précedent de François Hollande.Il est indéniable qu'au vu de la situation économique que subit le monde actuellement un new Deal est nécessaire François Hollande en-a-t-il les épaules???Ceci dépend sans aucun doute de nous.Le congres 2012 ne se suffira pas d'un nouveau  melting pot d'appareils.L'idéologie devra enfin prendre le pas sur nos trop fameux arrangements qui sclérosent depuis trop longtemps le paysage politique Français,il est temps de faire parler la politique en dehors de toutes rivalités claniques.Seul un virage à gauche peut nous sauver des magouilles orchestrées par et pour nos ronds de cuir qui s'empiffrent depuis trop longtemps....

Pile ou face, bon sang ?! L’insaisissable président Hollande échauffe notre bile politique, tant il repousse l’heure de vérité : se découvrira-t-il côté Herriot, ou bien côté Roosevelt ?

Édouard Herriot (1872-1957), radical-socialiste grand teint, galéjait volontiers au sujet de sa tactique : « À gauche toute, mais pas plus loin ! » Cette science du surplace agrémenté de moulinets culmine en 1924, lors du Cartel des gauches. La victoire électorale de mai est alors vite gâchée, dans la plus parfaite véhémence attentiste. Rodomontades fiscales non suivies d’effet (impôt sur le capital). Incapacité à forger une politique audacieuse ensuite exposée sans détour aux citoyens. Mésintelligence d'un pacte à bâtir sur son flanc gauche : le socialiste Blum pratique en 1924 le « soutien sans participation », que lui servira le communiste Thorez en 1936. Du coup, la prétendue majorité d'Herriot, à mesure qu’elle se délite, tente de débaucher sur sa droite des renforts individuels.

Les gouvernements de Pierre Mauroy en 1981, puis de Lionel Jospin en 1997, établiront un contrat avec les communistes, tirant les enseignements d'un passé aux plaies encore vives.

Ouvrage en forme de leçon de choses politique publié en 1977, un an avant des législatives que la gauche semblait devoir gagner.Ouvrage en forme de leçon de choses politique publié en 1977, un an avant des législatives que la gauche semblait devoir gagner.

Malgré quelques morceaux de bravoure symboliques (transfert de la dépouille de Jaurès au Panthéon dix ans après l'assassinat), le bilan du Cartel de 1924 s’avère aux antipodes des espérances : crise monétaire, déficit budgétaire, panique financière. Avec en embuscade les régents de la banque de France : Édouard de Rothschild et François de Wendel. Aux commandes, « le parti du mouvement » n'offre qu'impuissance et désillusion, par défaut de lucidité, de courage, de franchise. Poincaré, chassé du pouvoir, revient en juillet 1926, rappelé par ses triomphateurs échinés.

Herriot prend sa rondeur pour du rayonnement, sa chaleur pour du charisme, ses petits arrangements pour de grandes perspectives. Investi d’une mission, il offre son doigté. L'esbroufe rhétorique accompagne la chute de son cabinet, en avril 1925 : il stigmatise « le mur d’argent ». Cet échec marque l’esprit public : la gauche au pouvoir ne sera-t-elle jamais qu’un vol de grillons exclusivement aptes à vider les caisses ?

Durer pour gérer, gérer pour durer. Tel est, depuis, le rêve des responsables socialistes, histoire de faire pièce à ce conservatisme français ayant convaincu le pays, jusqu’en 1981, que la moindre embardée progressiste tiendrait toujours de « l’expérience » hasardeuse…

En 1924, Édouard Herriot désigne au ministère de l’agriculture un élu de Corrèze, Henri Queuille (1884-1970), futur président du Conseil sous la IVe République, dont les aphorismes allaient devenir légendaires en notre étrange pays : « Les promesses n’engagent que ceux qui les entendent. » – Jacques Chirac le reprit à son compte. Ou encore : « Il n’est pas de problème assez urgent en politique qu’une absence de décision ne puisse résoudre. » C’est dans un tel sillage que le journaliste Éric Dupin situe François Hollande, en conclusion de son livre paru au lendemain de l'élection présidentielle, La Victoire empoisonnée (Seuil). Dupin décèle « une forme de projection » entre les deux hommes, au nom d'une certaine idée de la “normalité”, ou d'un usage subtil de la poigne et de la conciliation. Ajoutons, à ce rapprochement, une fascination commune pour la presse : Henri Queuille, doté d'un excellent coup de crayon, se délectait à... caricaturer les caricaturistes !

Le septième président de la Ve République, en guise de septième ciel programmatique, nous servira-t-il l'équivalent de ce précepte que le petit père Queuille griffonnait sur les notes de ses fébriles conseillers : « On peut aussi ne rien faire » ?...

L’Histoire, fort heureusement, n’est pas avare de plans B. Nous avons connu l’anti-Queuille en la personne de Pierre Mendès France (« gouverner c’est choisir »). Et à la politique du chien crevé au fil de l’eau que symbolise le Cartel des gauches en 1924, s’oppose, à partir de 1933, le volontarisme du New Deal propre à Franklin Roosevelt (1882-1945).

 Aussi dangereux d'être gouverné par l'argent organisé que par le crime organisé »

Le démocrate Roosevelt est arrivé au pire moment : Grande dépression et hitlérisme. Le patricien américain pouvait avoir un côté « monsieur petites blagues », qui n'a pas nui à sa détermination. Ainsi (vidéo ci-dessous) répondait-il, en 1936, aux faux-fuyants doucereux des républicains de la pire espèce, qui prétendaient faire du social à bon compte pour mieux tondre le peuple (« Let me warn you and let me warn the nation against the smooth evasion that says : "Of course we believe these things. We believe in social security, we believe in work for the unemployed, we believe in saving homes. Cross our hearts and hope to die, we believe in all these things, but we do not like the way the present administration is doing them. Just turn them over to us. We will do all of them, we will do more of them, we will do them better, and most important of all, the doing of them will not cost anybody anything." »)

 

La tragédie, faut-il le rappeler, s'accommode du sarcasme :

 

À rebours du cynisme nazi, Roosevelt pratiquait une ironie démocratique, civique, engagée, qui accompagnait son action au lieu de se défausser de toute inaction. Il avait prévenu dès son discours d'investiture (4 mars 1933) : « Nous ne devons avoir peur de rien, sinon de la peur elle-même. » Et dès cette première prise de parole, il s'en était pris aux « pratiques de marchands du temple sans scrupules » et avait réclamé une « surveillance stricte de toutes les activités bancaires, de crédit et d'investissement », pour que cesse « la spéculation organisée avec l'argent des autres ».

Refusant la fuite en avant des profits monstrueux et dématérialisés de Wall Street, pour s'orienter vers un capitalisme productif fondé sur une grande part humaine se négociant avec les syndicats, Roosevelt s'est heurté aux banquiers avec une violence singulière. Il appointa un juriste de fer, Ferdinand Pecora, pour mettre à la question devant une commission du Sénat les responsables et/ou les profiteurs du krach de 1929, notamment J.P. Morgan et sa clique. Le président démocrate est allé au front, a pris des coups et en a référé devant le peuple avec vigueur, ainsi qu'en témoigne son extraordinaire discours du 31 octobre 1936, à Madison Square Garden (New York). « Je me satisfais de leur haine », ose-t-il à propos de ses ennemis dérégulateurs furieux de la finance. Et Roosevelt prononce cette sentence, qui n'a rien perdu de son acuité 75 ans plus tard : « Nous savons désormais qu'il est aussi dangereux d'être gouverné par l'argent organisé que par le crime organisé. »

 

Roosevelt n'a pas à être sanctifié. Il a sauvé le capitalisme en dépit des maîtres aveuglés du système. La Seconde Guerre mondiale devait davantage profiter aux États-Unis d'Amérique que sa thérapie. Enfin c'est une mobilisation populaire sans précédent qui l'a poussé à davantage de radicalité, dans un pays cependant sans “risque” de surenchère révolutionnaire : l'Amérique d'alors – comme peut-être la France d'aujourd'hui – avait une classe ouvrière sans mouvement ouvrier...

Roosevelt valait pourtant tellement mieux que ses ennemis ! Sa victoire contre une forme de fascisme américain (la frange la plus extrême du parti républicain) et ses douze ans au pouvoir ont réorienté le monde plus de trois décennies durant : l'économie sociale de marché en RFA, l'État-providence au Royaume-Uni ou en France, furent possibles grâce au trait tiré à Washington sur les excès du « marché autorégulateur ».

Roosevelt voyait net et loin, qui déclarait au plus pur représentant de l'impérialisme, un Churchill rouge de colère lors de la signature de la Charte de l'Atlantique, en août 1941 : « Je ne saurais croire que nous puissions mener une guerre contre l'esclavagisme fasciste et en même temps ne pas travailler à libérer tous les peuples, partout dans le monde, d'une politique coloniale réactionnaire. »

Dès qu'il s'agit d'affaires publiques, la vision devient passage tandis que l'atermoiement s'érige en entrave. François Hollande n'a plus beaucoup de temps avant de sombrer dans l'ornière dissolvante des Herriot et autres Queuille, ou de trouver, au contraire, une action inspirée, de type roosevelto-mendésiste. A-t-il le moindre intérêt à faire durer le suspens ?

À lire sous l'onglet “Prolonger” une synthèse de Sylvain Zini pour le Centre d'études sur l'intégration et la mondialisation : « Du New Deal au Fair Deal (1933-1953) : commerce, plein-emploi et normes de travail. »


En guise d'épilogue, cet extrait, p. 69, du livre de Laurent Binet sur la campagne de François Hollande, Rien ne se passe comme prévu (Grasset) :
« 1er décembre 2011.

Je lis une interview d'Emmanuel Todd dans Mediapart. L'homme qui a toujours tout prévu, de la chute de l'URSS à la crise financière actuelle en passant par les révolutions arabes, prophétise que Hollande fera le trajet de Mitterrand à l'envers : centriste au début, il va finir à gauche toute, forcé par la crise qui va lui imposer des mesures radicales pour sortir d'un système libéral complètement vermoulu. J'envoie le lien à Hollande : autant qu'il soit au courant. »

 


02/09/2012
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